Peu après DUEL, Steven Spielberg réalise ce téléfilm aux ambitions bien plus modestes. La mise en scène du cinéaste débutant est ici trop sage, à l'exception d'une très belle série de plans lorsqu'une jeune femme se retrouve dans un studio de télévision poursuivie par un tueur. Leurs silhouettes se découpent comme des ombres chinoises et un silencieux apparaît au bout d'un canon. Hélas, crainte des producteurs peut-être, un plan montre bien de façon plus classique que c'est bien un silencieux. Dommage, même si la séquence reste brillante. À part cela, il s'agit d'une enquête policière relativement classique et sans éclat ni scènes impressionnantes. Le scénario de William Link évite heureusement de s'enliser dans des fausses pistes, ce qui est la marque de la série qui lui a apporté le succès, " Columbo " dont Spielberg a aussi réalisé un épisode. Un seul suspect et c'est le bon. Quelques bons dialogues ( ' Je m'asseois à côté de vous ou nous jouons une pièce de Kafka dit le héros à un agent du FBI avec lequel il discute autour d'une longue table de réunion ' ou ' Comment appelle-t-on cette peur de tomber des gens bien placés ? - L'acrophobie ? - Non, le chantage ! ) relèvent parfois ce qui ressemble à un pilote de série télévisée qui semble avoir échoué à faire naître une nouvelle série, comme l'indique le choix de Martin Landau ( doublé par Serge Sauvion ) et Barbara Bain, dans une nouvelle fiction en commun après " Mission Impossible " et " Cosmos 1999 ", toujours aussi complices comme l'atteste cet échange : " ELLE : ' Tu m'offres un Irish Coffee ? ; LUI : C'est mon côté sport ! ".
Le film démarre avec quelque chose qui semble rare pour l'époque : les coulisses d'un journal télévisé avec l'inquiétude d'un réalisateur avant le direct, et les dernières préparations des journalistes. Le duo de comédiens sont respectivement le principal journaliste et sa productrice. L'enquête tourne autour du suicide présumé d'une jeune femme qui voulait utiliser ce premier pour faire chanter un juge qui doit être appelé par le Président à siéger à la Cour Suprême. Mauvaise idée donc. La première séquence était mystérieuse avec une jeune femme qui passe chez un photographe et est suivie par un homme à l'attitude menaçante, et qui chose bizarre essuie sa veste avec un caniche ??? Ce type de séquence est BIEN rare, inutile d'espérer des choses un peu déviantes.
Le générique démarre avec le lancement du début de l'émission du journaliste et s'achève sur sa fin. Mais à part ces quelques exemples créatifs ( vraiment ), le style reste relativement neurasthénique. Dans le rôle du juge, on retrouve Barry Sullivan, acteur remarqué dans quelques films dans les années 40 et 50 ( Les Ensorcelés de Minnelli ), ici bien âgé et dans celui du patron de chaîne Dabney Coleman qui va marquer la télévision des années qui vont suivre. La découverte de l'un des premiers travails de Spielberg n'était pas facilité par sa projection dans une version française vieillotte : le ' c'est pas croyab' ' du concierge de l'hôtel d'où s'est jeté la victime ou le ' c'est un top mannequin ' pour décrire l'autre femme en danger, sans oublier des tentatives d'humour qui ne semblent pas plus fameuses en VO. La scène de tournage de la publicité avec un réalisateur efféminé est assez pathétique. À réserver aux fans absolus de Spielberg...